Sécheresse : quand nos rivières perdent leur qualité de refuge
Les images prises ces derniers jours sur le Dournaujou, le Manet, la Dronne et la Malincourie sont saisissantes. Elles montrent des cours d’eau à des niveaux exceptionnellement bas, des portions de lit asséchées et, par endroits, des Moules perlières qui ne sont plus recouvertes par l’eau.
Des cours d’eau au plus bas
À la mi-août, Météo-France constatait une sécheresse des sols d’une ampleur inédite à l’échelle nationale. Sur la Haute-Dronne, le débit observé le 14 août au plus bas de l’étiage* était de 0,065 m³/s. À titre de comparaison, à la station hydrométrique du Manet, le débit moyen interannuel de la Dronne au mois d’août est d’environ 0,61 m³/s. Le débit observé représentait ainsi à peine plus de 10 % de cette valeur moyenne saisonnière.
Des secteurs du lit de la rivière, qui constituaient jusqu’ici des zones refuges pour la biodiversité pendant la période estivale, se retrouvent aujourd’hui hors d’eau ou considérablement réduits. Pour les espèces aquatiques, c’est à la fois moins d’espace disponible, des températures plus élevées, moins d’oxygène et, pour les organismes qui ne peuvent pas se déplacer rapidement comme les Moules perlières, un risque direct de mortalité.
Cette situation intervient au cours d’un été 2026 exceptionnel. Après le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, juillet 2026 est devenu le mois le plus chaud observé en France, tous mois confondus.
La Moule perlière, symbole en danger
En Périgord-Limousin, cette situation impacte directement l’un des trésors de la biodiversité locale. La Haute-Dronne abrite en effet l’une des principales populations françaises de Moule perlière (Margaritifera margaritifera), une espèce particulièrement exigeante quant à la qualité, à l’oxygénation et à la fraîcheur de l’eau.
Sa conservation a justifié un investissement collectif considérable. Le programme européen LIFE Haute-Dronne, conduit par le Parc naturel régional Périgord-Limousin entre 2014 et 2020, a mobilisé près de 6 millions d’euros. Il a permis de restaurer la continuité écologique sur de nombreux sites et de produire puis réintroduire plus d’un million de jeunes mulettes dans la Dronne et le Dournaujou.
Ces efforts restent indispensables. Mais le changement climatique augmente aujourd’hui la pression exercée sur ces milieux et rend d’autant plus nécessaire la réduction des autres facteurs de fragilisation.
Plans d’eau et retenues : des effets possibles sur la température et les débits des cours d’eau
Tous les étangs ne présentent pas les mêmes caractéristiques, ni les mêmes impacts. Leur effet dépend notamment de leur taille, de leur profondeur, de leur mode d’alimentation et de restitution de l’eau, et surtout de leur connexion au réseau hydrographique.
Lorsqu’un étang ou une retenue est implanté directement sur un petit cours d’eau, notamment en tête de bassin versant, il transforme localement une eau courante en une masse d’eau plus lente. L’eau peut alors davantage se réchauffer avant d’être restituée au cours d’eau en aval.
Cet effet thermique est bien documenté. Sur la Haute-Dronne elle-même, les suivis réalisés dans le cadre du LIFE avaient montré que certains ouvrages entraînaient, avant leur restauration, des augmentations de température pouvant atteindre +3,5 °C.
Or, lorsque le débit diminue, quelques degrés supplémentaires deviennent déterminants : une eau plus chaude contient moins d’oxygène et réduit encore les possibilités de refuge pour les espèces d’eaux fraîches.
Les plans d’eau constituent également des surfaces d’eau libre soumises à l’évaporation, particulièrement importante pendant les périodes chaudes. Leur accumulation sur un bassin versant peut donc modifier son fonctionnement hydrologique et contribuer, avec d’autres pressions, à fragiliser les débits estivaux.
Mais la question ne se résume pas à comparer l’évaporation d’un étang et l’évapotranspiration d’une zone humide.
Certains plans d’eau ont en effet été aménagés sur des secteurs qui étaient auparavant des zones humides ou des fonds de vallées humides. Leur mise en eau transforme alors profondément le milieu et peut faire disparaître ou altérer les fonctions assurées par la zone humide préexistante.
Or une zone humide fonctionnelle ne constitue pas simplement une surface où de l’eau « s’évapore moins ». Selon sa nature et sa position dans le bassin versant, elle peut stocker temporairement l’eau dans les sols, ralentir les écoulements, favoriser les échanges avec les nappes, contribuer au soutien des débits et offrir des habitats essentiels à de nombreuses espèces.
Il serait donc trop simple d’opposer l’évaporation d’un étang à l’évapotranspiration d’une zone humide. L’enjeu réside davantage dans le fonctionnement global du bassin versant et dans les services hydrologiques et écologiques rendus par les milieux humides.
Les photographies de cet été nous montrent que le changement climatique n’est plus une perspective lointaine pour la biodiversité aquatique du Périgord-Limousin. Il est déjà visible dans nos ruisseaux. Face à ces bouleversements, préserver et restaurer les zones humides, maintenir les ripisylves et l’ombrage des cours d’eau, restaurer leurs continuités écologiques, et réduire les impacts des plans d’eau les plus problématiques constituent des leviers complémentaires pour renforcer la résilience de nos rivières et conserver leur biodiversité.
*L’étiage désigne le débit minimal ou le niveau le plus bas d’un cours d’eau ou d’une nappe souterraine