Vieilles forêts : l'intelligence artificielle à l'épreuve du terrain dans la vallée de la Dronne
Le Parc naturel régional Périgord-Limousin mène depuis 2024 un programme d’identification des vieilles forêts sur le bassin versant de la Dronne. Après une première phase d’analyse fondée sur l’exploitation d’images aériennes et s’appuyant sur les technologies les plus récentes, des vérifications sont actuellement menées sur le terrain, afin de cartographier ces milieux remarquables.
Mieux connaître les forêts les plus matures du territoire
Caractérisées par la présence de gros arbres, de bois morts et de nombreux microhabitats, les forêts matures constituent des réservoirs de biodiversité particulièrement précieux mais devenus rares.
Le territoire d’étude couvre un bassin versant de 240 km² dont environ la moitié est occupée par la forêt. Parmi ces espaces boisés, près de 40 % sont considérés comme des forêts anciennes, c’est-à-dire des forêts présentes depuis plusieurs siècles sans interruption d’usage forestier. Toutefois, une forêt ancienne n’est pas nécessairement une vieille forêt : la maturité écologique résulte d’un long processus au cours duquel les arbres vieillissent, accumulent du bois mort et développent des habitats favorables à de nombreuses espèces.
Une méthode innovante pour cibler les secteurs les plus prometteurs
Afin d’identifier les secteurs les plus susceptibles d’abriter des forêts matures, le Parc a mobilisé une méthode développée par le bureau d’études i-Sea, reposant sur l’intelligence artificielle, l’analyse d’images aériennes et les données LiDAR.
Sur les quelques 12 000 hectares de forêts présents sur le bassin versant, cette approche a identifié environ 300 hectares de vieilles forêts potentielles. Après une phase d’analyse complémentaire et de vérification cartographique, 90 polygones forestiers ont été retenus pour des contrôles de terrain. Cette campagne a nécessité la prise de contact avec 170 propriétaires représentant plus de 360 parcelles cadastrales.
Les premiers résultats sont particulièrement encourageants. Comparée à une approche fondée uniquement sur l’analyse visuelle des photographies aériennes, la méthode i-Sea améliore fortement la capacité à repérer les secteurs présentant des caractéristiques favorables à la maturité forestière. Le taux de détection des potentiels structuraux passe ainsi d’environ 7 % à plus de 80 %.
Le terrain reste indispensable
Depuis le printemps 2026, les stagiaires du Parc réalisent des relevés selon le protocole du Conservatoire botanique national Sud-Atlantique. À ce jour, 115 placettes de 20m de rayon ont été inventoriées au sein de 50 polygones forestiers.
Les observations montrent toutefois que, pour l’instant, l’analyse des photos aériennes successives, ne suffit pas à garantir la présence d’une vieille forêt. Les inventaires révèlent qu’environ 60 % des secteurs étudiés correspondent à des forêts encore peu matures. Mais, environ 30 % peuvent tout de même être qualifiés de pré-vieilles forêts, c’est-à-dire des peuplements qui présentent déjà certains attributs de maturité et dont l’intérêt écologique pourrait encore s’accroître avec le temps. Moins de 10 % des polygones expertisés atteignent aujourd’hui le statut de vieille forêt, ce qui tend à confirmer la rareté de ces milieux sur le territoire.
Ces résultats rappellent que l’histoire forestière du Périgord-Limousin, marquée par des siècles d’exploitation et d’usages multiples, a profondément façonné les peuplements actuels. Ils montrent également que de nombreuses forêts possèdent un potentiel d’évolution important lorsque les arbres sont conservés jusqu’à des âges avancés.
Les inventaires se poursuivront jusqu’à la fin de l’été afin d’affiner la cartographie des forêts matures du bassin versant. Cette étude confirme déjà qu’en matière de vieilles forêts, l’intelligence artificielle constitue un formidable outil de ciblage, mais que l’expertise naturaliste de terrain demeure indispensable pour révéler les véritables trésors forestiers du territoire.
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